Instruction en famille et Ecologie intégrale

Je vous invite à découvrir la première partie du témoignage d'Adeline Voizard, auteur avec son mari et ses enfants de plusieurs livres traitant de leur choix pour une vie plus respectueuse de la création.


Aujourd'hui, Adeline nous explique en quoi le choix ponctuel qu'ils ont fait de l'instruction en famille s'inscrit dans cette démarche.



Ecole à la maison : un choix écologique


Merci à Admire et Fais Tienne de me donner l’occasion de vous présenter Petits héros de la planète, mes 21 défis super-écolo : un livre pour faire découvrir Laudato Si et l’écologie aux 7-12 ans.




Un travail à 8 mains réalisé par mon époux et moi-même avec nos deux aînés de 9 et 11 ans (à l’époque). Cet ouvrage est le fruit d’une année de pause que nous avons décidé de prendre, en nous installant pour une année au vert et au ralenti et en posant le choix de l’IEF (instruction en famille, ou école à la maison).

Bien sûr, un mode de vie plus sobre et respectueux de l’environnement ne nécessite pas de choisir l’IEF (ouf !). Mais nous avons expérimenté en le vivant combien ce type de scolarité pouvait répondre à l’aspiration à une vie plus sobre, en communion avec la nature et respectueuse du rythme biologique.

Laissez-moi vous raconter cette aventure familiale !


A la lecture de l’encyclique Laudato Si’ et à la sortie du film Demain en 2015, nous avons vécu une réelle conversion écologique, au sens de retournement du cœur mais aussi de changement de mode de vie, petit pas par petit pas. Des mouchoirs en tissu au compostage, en passant par l’achat en vrac et au désencombrement, nous avons goûté à la joie profonde d’un art de vivre plus soucieux de l’environnement.

En 2018, nous avons partagé cette joie à travers un livre, Comment sauver la planète à domicile, pour encourager avec bienveillance à un mode de vie plus écologique. L’année suivante, nous publiions un cahier coach très pratique, pour continuer d’avancer de manière très concrète sur ce chemin.




Néanmoins, malgré nos efforts pour mener une vie saine et sobre, nous nous sentions happés par un rythme de vie intense qui nous épuisait. Maman de cinq enfants, je souffrais de migraines et de troubles du sommeil depuis la naissance du dernier en 2018. Mon époux, quant à lui, n’arrivait pas à sortir d’un surmenage professionnel. Finalement, au printemps 2019, c’est la découverte d’une maladie de la thyroïde lui imposant un arrêt de travail d’un mois et demi terminée par la rupture de son contrat de travail, qui a mis fin à ce rythme effréné.

Nous avons vu dans cette épreuve une opportunité à saisir : n’était-ce pas le moment de vraiment ralentir ?


Nous avons alors choisi de vendre notre maison et de partir nous installer pour un an dans un petit village de semi-montagne, en Auvergne, et de souffler en famille. Assez naturellement, nous avons choisi de faire l’école à la maison pour nos aînés (collège et primaire), les petits pouvant aller dans la toute petite école du village (3 classes de 10 élèves). L’objectif de cette année était de se requinquer, de profiter pleinement de notre vie de famille, de vivre sur un rythme plus sain et de discerner quel nouveau projet de vie répondrait à notre désir d’une vie plus écologique.

Nous souhaitions vivre une écologie intégrale : environnementale, certes, mais aussi humaine et spirituelle. Or nous avons trouvé que l’IEF permettait vraiment d’explorer ces trois dimensions de l’écologie.



En proposant à nos enfants une vie au cœur de la nature et en veillant à les éduquer au Beau, nous leur avons permis d’avoir un regard contemplatif, qui mène à la gratitude. Or une écologie intégrale nécessite ce regard épris de gratitude pour les cadeaux gratuits que sont la montagne, le ciel ou les rivières ! Nous croyons que c’est la gratitude qui nous habite qui nous pousse à vouloir prendre soin de la Création (la nature) et des créatures (les hommes, en particulier les plus souffrants).

Pour vivre cette contemplation et cette action de grâce, nos emplois du temps mettaient en premier la vie de prière et les temps dans la nature. Chaque matin, nos journées commençaient par un temps de louange, après un long, bon et sain petit déjeuner. Le bénédicité nous permettait de nous arrêter pour prendre conscience de notre chance d’avoir une assiette bien remplie ! Et chaque semaine, nous prenions un temps d’adoration dans l’Eglise du village. Nos enfants pouvaient apporter leurs instruments de musique, ce qui a réjouit les trois fidèles âgés et créé du lien. Le pape rappelle que Laudato Si n’est pas d’abord une encyclique environnementale, mais une encyclique sociale !




Les promenades quotidiennes dans la campagne ou les montagnes (parfois avec d’autres familles en IEF) étaient autant d’occasions de contemplation, de gratitude et de désir de prendre soin de tant de beauté et de fragilité ! De même, le temps passé à aller au marché, à cueillir des baies et des fleurs comestibles, à cuisiner en famille, à s’occuper du potager ou de nos poulettes Anna et Elsa (on a les références que l’on peut !!) a éveillé leur conscience écologique.

L’instruction en famille a permis de respecter le rythme naturel de nos corps et des saisons et d’être à l’écoute de nos émotions. Une colère ou une tristesse était écoutée et gérée (du mieux possible) ! Nous avons aussi remarqué que nos si fréquents « dépêche-toi » ne faisaient plus partie de notre vocabulaire.

S’il faisait beau, nous installions la classe dans le jardin, faisions durer les récréations ou partions en sortie. Nous étions aussi à l’écoute du rythme de travail de nos enfants, libres d’aller plus vite sur certaines notions ou de nous attarder pour approfondir un thème particulièrement intéressant. Alors que notre collégien, lorsqu’il était scolarisé, souffrait de passer ses journées assis sur une chaise avant de rentrer faire ses devoirs du soir, nous l’avons vu heureux d’emprunter livres et documentaires pour travailler un sujet, travailler debout, allongé sur son lit ou assis sous un arbre, lisant et jouant pendant des heures puisqu’à 16h30, la maisonnée avait fini de travailler. Nos enfants n’ont jamais autant lu et appris alors qu’ils n’ont jamais eu aussi peu d’heures de travail. Un enseignement personnalisé et soucieux de préserver des temps de repos et dans la nature est il me semble profondément écologique. Bravo aux enseignants et établissements qui arrivent à proposer un enseignement personnalisé et un rythme de travail prenant en compte nos besoins physiologiques. Nous ne sommes pas qu’un cerveau mais aussi un corps et une âme !

Une écologie intégrale ne nous recentre par sur nous mais nous ouvre à la rencontre et se soucie de l’autre ! Paradoxalement, l’instruction en famille a augmenté la sociabilité de nos enfants. D’abord parce qu’ils n’étaient jamais seuls mais avec nous et leurs frères et sœurs, dans un climat bienveillant et sécurisant permettant de se sentir bien (et quand on est bien avec soi-même, on est bien avec les autres !). La complexité entre nos enfants s’est décuplée ! De plus, n’ayant plus de devoirs le soir, ils pouvaient inviter des enfants après l’école et nous avons pu les inscrire à de nombreuses activités : danse, musique, théâtre et scoutisme le week-end. Ce mode d’instruction a augmenté leur confiance en eux et nous les avons vu se tourner vers les inconnus avec davantage de facilité. Les temps de service de leur emploi du temps ont aussi nourri cette attention et ouverture aux autres : accompagner un enfant à l’école ou à la bibliothèque, service de table et de cuisine, écoute des émotions de l’autre (chaque jour nous déplacions notre prénom sur une « roue des émotions »), soirées en famille à discuter en profondeur d’un sujet choisi ensemble, visite de voisins âgés ou seuls ou même participation à des conférences sur l’écologie où ils prenaient la parole en public. Une vraie écologie humaine !!

Un art de vivre plus « écolo » passe évidemment par la sobriété de vie. Instruits à la maison, loin des panneaux publicitaires et tentations de la cour de récréation, le choix d’une vie sobre fut facilité ! Nous avions le temps d’expliquer nos choix (peu de biens, veille au gaspillage, achats d’occasion, cuisine de saison, etc.) et nous avons vu nos enfants se les approprier et les assumer, puis en être fiers.

Nos discernements professionnels nous ont amené à retrouver une vie moins rurale, mais nous avons poursuivi l’IEF un an de plus tant nous avions trouvé que ce rythme de vie et de scolarité était sain. Cette année, eux et nous ont souhaité une rescolarisation dans un tout petit collège dans lequel ils se sont parfaitement intégrés. Nous sommes persuadés que cette réussite ne tient pas d’abord du très bon niveau acquis grâce à l’IEF mais des talents que l’école en famille leur a permis de développer (une confiance en eux, une capacité d’adaptation, une aisance relationnelle qu’ils n’avaient pas avant).

Nous rendons grâce ! Et il est probable que d’autres de nos enfants bénéficient aussi d’une ou plusieurs années d’instruction en famille dans les années à venir !


MERCI à Adeline pour ce témoignage, dans le prochain article elle nous parlera plus en détail de Petits héros de la planète, à destination des 7-12 ans, un livre co-écrit avec ses enfants.



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